Selon ses proches, son histoire relèverait
de l’extraordinaire s’il n’était pas
camerounais. Immunité parlementaire violée, passeport
confisqué, menottes aux poings, chien gardé à
vue, bref ; Jean Michel Nintcheu est un député
atypique. Il s’était farouchement opposé
à la modification de la constitution au Cameroun voici
bientôt un an. Dans l’entretien qui suit, celui
qui donne le vertige au RDPC dans le Littoral croit aux chances
de son parti de diriger le Cameroun demain.
Vous êtes la figure marquante du
SDF dans le Littoral. Comment va le SDF dans le littoral en
particulier et au Cameroun en général?
Le SDF se porte très bien dans le
littoral. Vous savez que la Province [ndlr: Province prise
ici en tant que structure interne du SDF] du littoral que
j'ai l'honneur de présider est la seule structure provinciale
en progression, car nous passons de un à trois Députés
dans le Wouri, ce qui fait une progression assez importante.
Mais tout ceci ne veut rien dire car les élections
sont mal organisées et toujours truquées au
Cameroun. Les élections y sont de véritables
mascarades.
Le SDF devait avoir beaucoup plus de représentants
a l'Assemblée Nationale si les élections avaient
été bien organisées au Cameroun, et la
je veux citer un grand Camerounais, le Cardinal Christian
Toumi, l'archevêque de Douala qui avaient dit que le
jour ou les élections seraient bien organisées
au Cameroun le pouvoir néocolonial de Yaoundé
s'en irait. Nous pensons qu'il ne faut pas attacher beaucoup
d'importance aux résultats des élections, aux
nombres de sièges de Députés ou aux Mairies
que le RDPC consent à nous donner, car ceci ne reflète
en rien la réalité.
Tant que les élections seront mal organisées
et truquées il sera toujours difficile de savoir le
véritable rapport de forces entre les différentes
organisations politiques au Cameroun. Ceci dit le SDF est
un Parti qui a pu, malgré toutes ces difficultés,
maintenir le cap et rester dans la véritable opposition.
Nos adversaires du pouvoir nous appellent parti radical et
nous ne rougissons pas de cette appellation, nous pensons
qu'avec un pouvoir comme celui de Biya on ne peut être
que radical. Je pense que mon parti, malgré toutes
les difficultés, continue à susciter de l'espoir.
Beaucoup de Camerounais pensent que le SDF est le parti qui,
avec l'aide de tous nos compatriotes, apportera le changement
au Cameroun.
En 2006 le SDF a connu en son sein beaucoup de remous qui
ont certainement laissé des traces comme le double
congrès de mai 2006, le décès de Diboulé,
l’arrestation de plusieurs membres et l’inculpation
de John Fru Ndi. Votre Parti a-t-il retrouvé le calme
?
Le SDF à retrouve le calme. Le SDF
est un Parti qui n’a jamais perdu son calme. Vous savez
que comme dans toute organisation il ya des périodes
de turbulences. Nous avons connu ces périodes en 2006,
avec la dissidence de Bernard Muna, l'une des anciennes élites
du SDF, qui a décidé de manière anti-statutaire
de poser un certain nombre d'actes destructeurs, par exemple
le Congres qu'il a organisés à Yaounde était
illégal. Il porte seul la responsabilité de
ce qui s'y est alors passé. Ce pour cette raison que
le tribunal de Yaounde a décidé d'élargir
nos camarades qui étaient détenus pendant presque
deux ans. J'ai été content pour eux, car ils
ont retrouve leur liberté.
La justice va suivre son cours et nos avocats ont pu démontrer
que le SDF était dans cette affaire une victime. On
ne pouvait pas nous imputer la mort de Grégoire Diboulé,
on ne pouvait pas imputer cette mort au Chairman qui, au moment
où le Congres fantoche de Muna se tenait à Yaoundé,
un Congrès qui avait été interdit au
demeurant, Fru Ndi était à 400 km de la, à
Bamenda, en train de tenir le Congrès du SDF. Nous
pensons que la justice a fini par dire le droit et nous pensons
que la suite va permettre de laver définitivement nos
camarades et le SDF de tout soupçon.
Où en est le shadow government
(le gouvernement de l’ombre) du SDF ? On entend pas
du tout ses ministres, chargés pourtant de "marquer"
la gestion des Ministres du gouvernement. Dans l’affaire
de l’ENS de Maroua par exemple, le shadow ministre de
l’Education du SDF n’a rien dit.
Oui, ce vrai mais vous savez, c’est
une première expérience, d'ailleurs le SDF est
le seul parti à avoir tenté de mettre sur pied
cette expérience, une telle structure et nous sommes
au niveau de la direction du SDF, en train de procéder
à un certain nombre de réglages. Le chairman
va remanier son gouvernement, avec de nouveaux objectifs,
en tenant compte des leçons de l'expérience
menée jusqu’ici.
Nous sommes globalement satisfaits
mais il faut dire que les choses n'ont pas toujours marches
comme nous le voulions, le gouvernement fantôme n'a
pas rendu entière satisfaction, raison pour laquelle
je pense que le président national qui a le pouvoir
de nommer les membres de ce gouvernement de l'ombre, va reconstituer
son équipe, avec une espèce de feuille de route.
Mais déjà le fait d'avoir constitue ce gouvernement
de l'ombre est une première au Cameroun et nous sommes
fiers de cela.
Le SDF est-il prêt à gouverner
le Cameroun si par miracle il en avait l’occasion aujourd’hui?
Nous sommes prêts a gouverner
le Cameroun, le chairman a gagné les élections
en 1992, nous le soutenions à l'époque. Aujourd'hui
le SDF est toujours prêt à gouverner le Cameroun,
il n'y a aucun doute là dessus.
Monsieur Biya et son gouvernement nous
ont montré un tel degré d'impuissance qu’aucun
gouvernement ne fera pire qu'eux.
Ceci dit nous avons de la ressource,
nous avons des cadres, que ce soit au niveau du Cameroun ou
des Camerounais de l'Etranger.Même la diaspora pourra
être appelée, au cas où nous sommes aux
affaires, à apporter sa précieuse contribution.
Tous les Camerounais de bonne volonté pour nous aider,
pour qu'ensemble nous construisions le pays. Nous ne sommes
pas comme le gouvernement Biya qui a passé son temps
à marginaliser la diaspora. Parce que le Cameroun est
le seul pays au monde qui refuse le droit de vote à
sa diaspora. Les pays comme le Mali, la Guinée, ont
même des ministres de la Diaspora, qui accordent une
importance de plus en plus importante à la Diaspora
pour la construction de leur pays. Donc nous pensons qu'un
gouvernement SDF non seulement donnera le droit de vote à
la diaspora, mais associera celle-ci à la diaspora
du pays.
Note de la rédaction : SDF
signifie Social Democratic Front. Dans une prochaine édition
l’honorable Nintcheu reviendra sur l’influence
future du SDF sur le paysage politique camerounais)
© Camer.be : Propos recueillis
à Bruxelles par Roufaou Oumarou
Paru le 19-01-2009 00:56:59 |