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Marcus Garvey
«La liberté coûte très cher et il faut,
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"La plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l'homme resté seul et qui continue de lutter dans son coeur. Je ne veux pas qu'aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds."
Cameroun, Jean-Michel Nintcheu : " Nous avons la malchance d'être mal dirigés"
 
Jean-Michel Nintcheu ! Un nom qui peu en cacher un autre. Il est l’un des 15 élus du principal parti de l’opposition siégeant actuellement à l’assemblée nationale. Très à l’aise face aux médias, le député SDF du Wouri a accepté d’échanger avec la rédaction de Camer.be. L’élu de la nation relate ici les pires exactions qu’il subit depuis les années 90 dans son pays pour la simple raison qu’il ne partage pas les idées du régime en place. Un récit qui donne du tournis.

Comment allez-vous, Honorable Jean-Michel Nintcheu ?

Je vais très bien, merci. Je suis effectivement Députe SDF de Wouri-Est. Le SDF a deux Députés dans la circonscription électorale de Wouri-Est. Nous avons gagné ces deux sièges de haute lutte, ce qui a permis au SDF d'avoir un groupe à l’Assemblée Nationale.

Nous avions 16 Députes au début de la législature alors qu'à l'issue des élections truquées du 22 juillet 2007 nous n'en avions que 14. Vous savez que les élections avaient été annulées dans ma circonscription à cause de ces irrégularités. De nouvelles élections avaient été organisées. Ce qui nous a permis de gagner contre madame Foning par une majorité relative. En réalité nous avons frôlé la majorité absolue avec 49,5 %. Mais la loi, de manière fantaisiste, indique dans ce cas que, puisqu'il y avait 4 sièges à pourvoir, le premier et le deuxième se partagent les 4 sièges. En gagnant les deux Députés, nous avons eu un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale. Entre-temps, l'un de nos collègues est décédé, l'Honorable Nkele de Kumba, décédé en novembre, juste au début de la législature. Nous sommes actuellement à 15.

La loi est floue sur ce qu'il faut faire dans ce cas-là. Je pense qu'en principe un groupe qui est constitue devrait être maintenu même en cas de décès d'un député. Car tant que de nouvelles élections n'ont pas été organisées on considère que c'est une circonscription dans l'escarcelle du SDF. Cela ne devrait donc pas avoir une incidence négative sur le groupe parlementaire. Mais vous savez, nous sommes au Cameroun où la loi est interprétée de manière tendancieuse, c'est pourquoi je ne souhaite pas un malheur qui nous priverait de l'un d'entre nous.

Notre problème: avoir la malchance d'être mal dirigés

Vous subissez très fréquemment des actes de répression du régime Biya et cela malgré votre statut de député. Nous pensons ici au retrait de votre passeport, à l’interdiction de sortie du Cameroun ou aux contrôles intempestifs. Comment faîtes-vous pour ne pas jeter l’éponge ? Après tout on entend tant de Camerounais découragés dire que ça ne changera jamais et donc que ce n'est pas la peine de se faire tuer pour rien.

Je vous remercie. Vous évoquez, me semble-t-il, seulement la période où je suis Député. Mais je voudrais rappeler que j'ai toujours subi des persécutions. Déjà j'ai été l'un des rares Leaders de parti politique en détention pendant que son parti était légalisé. En effet j'ai été président d'un parti que j'ai créé au début des années 90, au début donc de la période du multipartisme, qui s'appelait le RAP. J'ai traversé des moments extrêmement difficiles, entre autres onze arrestations et détentions, sept procès, l'incendie de mon imprimerie (j’étais en effet un imprimeur assez prospère)... Mon imprimerie a été dynamitée en novembre 1992 tout juste après les élections que le candidat de l'opposition, le Chairman Ni John Fru Ndi que je soutenais, que mon parti soutenait, a gagné. J'ai perdu tout mon patrimoine. Une seule interview ne peut pas me permettre de vous raconter tout ce que j'ai subi comme persécutions. Ma famille, ma femme, mes enfants furent arrêtés, pris en otage...

Je bats tous les records : en 1993 toute ma famille avait été prise en otage parce qu'on voulait me coller une affaire sur le dos...J'ai dû me mettre en clandestinité. Alors ma famille avait été prise en otage, y compris un enfant de deux ans, détenus dans des conditions inhumaines. Ma femme était enceinte de deux mois à cette époque. Elle a accouché d'un enfant mal formé suite à ce traumatisme. Mon chien fut également détenu, seul chien prisonnier de l'Histoire du Cameroun.

Donc ma vie a été une vie émaillée de multiples exactions, de répressions, mais ceci ne m'a jamais découragé parce que je considère que nous devons tous chacun se battre pour que notre pays change. Notre pays a en effet beaucoup de ressources, il suffit que nous ayons des dirigeants avisés, soucieux du bien être des Camerounais, pour que le Cameroun décolle et devienne l'un des pays les plus avances du continent. Nous avons les ressources tant matérielles qu'humaines. Notre problème est que nous avons la malchance d'être mal dirigés. Et donc je pense que tant que ce changement n'arrivera pas je continuerai à me battre, avec d'autres Camerounais. Malgré les difficultés, malgré les obstacles, il faut continuer le combat.

Vous avez parlé de mon passeport: en effet malgré mon immunité parlementaire j'ai été arrêté, menotté, humilié, brutalisé, mon passeport retiré, tout simplement parce que j'ai eu le tort aux yeux du régime, d'organiser des manifestations pacifiques contre la dérive totalitaire de monsieur Biya, qui voulait modifier la constitution, comme tout bon dictateur, qui voulait modifier la constitution pour s'éterniser au pouvoir. Je me suis opposé à cela, malheureusement le rapport de force n'a pas été en ma faveur, mais nous avons pu montrer au monde entier, que malgré le discours de Biya et de ses thuriféraires, l'immense majorité des Camerounais étaient contre cette modification et que les Camerounais ne demandaient qu'une chose : que Biya s'en aille.

Finalement monsieur Biya a pu modifier la Constitution. Mais, je pense que nous avons atteint notre objectif, c'est-à-dire attirer l'attention de l'opinion nationale et internationale sur le Cameroun, sur cette dérive obscurantiste de monsieur Biya et nous pensons que les émeutes de février 2008 nous ont montré et même rassuré sur le fait que la jeunesse Camerounaise est prête à se battre pour défendre ses droits. (A suivre)


© Camer.be : Propos recueillis à Bruxelles par Roufaou Oumarou
Paru le 15-01-2009 10:31:23

 
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