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Cameroun: libération du journaliste Jean Bosco Talla
Accusé d'outrage au président de la Republique pour avoir publié un article qui évoquait un prétendu pacte secret entre Paul Biya et son prédecesseur Ahmadou Ahidjo, JBT fût arrêté le 10 décembre 2009, ce qui avait soulevé d'intenses protestations tant au Cameroun qu'à l'étranger. Pour l’accusation, le fait que l’article qui parlait de ce prétendu pacte secret affirme que celui-ci aurait été scellé par un "rapport homosexuel" constitue un délit puni par le code pénal camerounais. A l'issue d'un procès extraordinairement rapide pour les tribunaux camerounais, connus pour leur légendaire lenteur, JBT fût condamné le 28 décembre 2009 à un an de prison avec sursis pendant trois ans, à une amende de trois millions de Fcfa (environ 4500 €) et à 154.000 FCFA (234 euros) de frais de justice. D'après son avocat, Me Jean-Marie Nougar, il n'a pu sortir de prison qu'après paiement de l'amende. Cependant la condamnation du journaliste à une peine avec sursis fait indiscutablement peser sur lui une terrible épée de Damoclès : il devra soit se contraindre à l'autocensure soit accepter de retourner en prison à tout moment, car la moindre ligne critique de son journal vis-àvis du régime pourra être interpretée comme une violation des conditions du sursis. SolidaritéPour les connaisseurs du système judiciaire camerounais, JBT ne doit sa libération ni à la scélérité de la justice ni à une application correcte de la loi, mais tout simplement à l’extraordinaire élan de solidarité dont ont fait preuve ses confrères, tant au niveau nationale qu'au niveau internationale, de la pression de l'opinion publique et de celle de nombreuses personnes de bonne volonté qui se sont spontanément mobilisées pour rassembler les trois millions de fcfa d'amende à payer. Sa maison cambriolée
Déterminé à poursuivre son combatD'après les premiers journalistes qui l'ont rencontré , l'homme ne semble pas avoir été affaibli par la détention et les humiliations subies. Face à la presse, la première réaction de Jean Bosco Talla est d'affirmer sa détermination à poursuivre son combat, "même si cela me vaudra milles emprisonnements ", affirme-t-il, serein. Et «si c'était à refaire, je le referai", conclut-il. Le procès des biens mal acquis déguiséSon arrestation et sa condamnation sont-elles vraiment dues à un prétendu outrage à chef de l'Etat ? Comme beacoup d'observateurs, JBT repond par non à cette question. C'est sa participation à la la révélation des biens mal acquis du chef de l’Etat camerounais qui lui vaut les foudre du pouvoir. En effet il y a quelques mois, une ONG locale, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), avait publié un rapport accablant pour le président camerounais, dans lequel étaient soulevés des interrogations sur la fortune et les nombreuses acquisitions et générosités du Président, notamment à la côte d'Azur en France. Le CCFD rappelait également qu'un journal français estimais déjà en 1997 la la fortune du président camerounais et de sa famille à plus de 70 millions d'euros (soit environ 46 milliards de francs Cfa)". Jean Bosco Talla est convaincu qu'il est " puni " pour d'autres raisons que ce qui lui est officiellement reproché . D'après ses informations, le gouvernement à l'époque du Premier Ministre Inoni Ephraim " avait demandé qu’on m’arrête et avait constitué un dossier qu’ils ont transmis à la Chancellerie. Mais les magistrats après étude ont conclu à l’inopportunité de la poursuite. Le dossier a été classé . Par la suite, quand on publie ce dossier, ils sautent sur l’occasion pour faire croire que j’ai violé une déontologie ou que j’ai outragé le chef de l’Etat, que le journal a outragé le chef de l’Etat. Malheureusement, ils ne condamnaient pas le journal mais la personne de Jean Bosco Talla ". Dépenaliser le délit de presseDe nombreuses voix se sont levées dépuis plusieurs années pour demander au Cameroun de dépenaliser le délit de presse. Recemment c’est Reporters sans frontières (RSF) qui, au lendemain de la condamnation de Jean Bosco Talla pour "outrage au président de la République", a lancé un appel aux autorités camerounaises à "dépénaliser pleinement les délits de presse". Le Cameroun fait encore partie, hélas, de ces états authoritaires qui conservent encore ces législations libérticides issues des périodes encore plus sombres d’un passé fait de repressions et de musélage stricte de la presse. (©)Roufaou Oumarou
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