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Cameroun : ces élites qui n'ont rien appris du 06 avril 1984

Avant le 06 avril 1984 ils vivaient, pour beaucoup d'entre eux, dans un monde d'insouciance, coupés de la réalités quotidiennes de beaucoup de citoyens camerounais. 

Brusquement le malheur leur était tombé dessus sous forme d'arrestations arbitraires, d'emprisonnement dans des cellules infectes et des prisons-mouroirs, de torture, d'humiliation, de déni des droits humains les plus elementaires, de procès à l'issue fixée d'avance par une justice aux ordres et de destruction de toute leur structure familiale.

Ils sont sortis de prison par simple décision du prince qui offrit à certains un dédommagement sous forme de participation à la mangeoire nationale. A condition de se mettre au service de ce même régime arbitraire qui continue de régner sur le Cameroun. Beaucoup n'ont pas hésité à accepter. Et à recommencer avec la même vie insouciante au service du Mal. 

Sur le dos du Cameroun, des Camerounais et de leur avenir. 


Parlant de la cellule où il avait été incarceré (à la direction de la police judiciaire de Douala) après son arrestation, Issa Tchiroma dit : " je garde de cette cellule le souvenir le plus exécrable de ma vie : une pièce de 3 mètres carrés sans lumière et sans aération. Il n'y avait pas de toilettes. Les détenus faisaient tout sur place ; ils s'asseyaient ou se couchaient sur leurs excréments et sur leurs urines. J'avais passé 3 jours dans cette cellule, dans ces mêmes conditions, qu'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi".

Nous sommes en 2009, soit 25 ans après cette expérience vécue par Issa Tchiroma. Où en sont les conditions de détention dans les prisons, les commissariats et les gendarmeries camerounaise?

Pire qu'en 1984. Selon un récent rapport de l'ONG Amnesty International il manque de tout aux détenus : nourriture, soins médicaux, hygiène de base, toilettes...Même des simples lieux où se reposer, prendre une cigarette ou se dégourdir les jambes ne sont dans beaucoup de cas pas disponibles.

La surpopulation est partout la règle. Mineurs incarcérés avec des adultes, mauvaises séparation entre hommes et femmes. Rats, cafards et autres animaux de mauvaise compagnie infestent les lieux et les cellulent.

Violences, agressions sexuelles y compris la pédophilie, tortures de toutes sortes sont le lot quotidien.

Dans les Commissariats et les Brigades de Gendarmérie la situation est pratiquement la même. Beaucoup de ces locaux n'ont pas de toilettes, obligeant les détenus à tout faire sur place, s'asseyant et se couchant sur leurs excréments et sur leurs urines. En 2009.

Voilà pour les conditions de détentions. Et les "acquis" du régime politique de Paul Biya en 25 ans. Ce régime que Issa Tchiroma a servi et est prêt à servir de nouveau.

"Le président m'a appelé au gouvernement ; je l'ai servi, avec bonheur. Aujourd'hui encore, je soutiens son action. Je voudrais qu'il réussisse pour le bonheur du Cameroun. Nous avons le devoir de conduire ce pays vers le bonheur en restant dans la paix. "

Drôle de bonheur, Mr Tchiroma. Quand au mot paix, malheureusement chacun peut en avoir une interprétation différente.


 

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